Une attaque révoltante contre la communauté anglophone

Mayor HousefatherPar Anthony Housefather

Les amendements proposés à la Charte de la langue française par le gouvernement du Parti québécois contiennent de nombreuses dispositions qui auront un impact négatif sur les communautés non francophones, si jamais elles entrent en vigueur.

L’amendement proposé qui me fait le plus peur est celui qui s’en prend aux municipalités et aux établissements qui ont été édifiés et développés par les communautés de langue anglaise de cette province.

Comme chacun sait, depuis l’adoption de la Charte de la langue française nous n’avons plus d’hôpitaux ou de municipalités uniquement anglophones. Il y a les établissements et les municipalités reconnus comme ayant un statut bilingue en vertu de l’article 29.1 de la Charte de la langue parce qu’en 1977 ils avaient une population ou un bassin d’usagers majoritairement non francophone.

À la fin des années 1980, l’Office québécois de la langue française a déterminé que la Ville de Rosemère avait perdu sa majorité en terme de population non francophone et il a tenté de lui enlever son statut bilingue. Au terme d’un référendum au cours duquel une majorité de résidants de Rosemère ont voté pour conserver le statut bilingue de leur ville, le gouvernement libéral a modifié les dispositions de la charte pour empêcher une municipalité ou un hôpital de perdre son statut bilingue à moins qu’une demande ne soit formulée à ces fins par son conseil municipal ou son conseil d’administration.

Cela était rassurant quant au maintien du statut bilingue, et les craintes diminuèrent chez les citoyens qui habitaient ces communautés, qui travaillaient dans les établissements concernés ou bénéficiaient de leurs services, pour qui la moindre baisse de la population non francophone pouvait entraîner la révocation de certains droits historiques.

Dans le contexte de la législation sur les fusions forcées en 2000, le gouvernement péquiste d’alors a adopté une autre loi qui rendait désormais quasi impossible l’attribution du statut bilingue aux municipalités et aux établissements. En fait, le gouvernement a changé les règles en exigeant dorénavant une majorité de citoyens de langue maternelle anglaise et non plus une majorité parlant une langue autre que le français.

Dès lors, si votre langue maternelle était le grec, l’italien, le yiddish ou le polonais, même si vous faisiez partie de la communauté québécoise de langue anglaise depuis toujours, vous n’étiez plus comptabilisé dans le nombre permettant l’obtention du statut bilingue.

Bien que ce changement ne représentait pas une façon équitable de quantifier la communauté de langue anglaise, il était moins préoccupant du fait que les municipalités et les établissements déjà protégés conservaient leurs droits acquis quant à leur statut bilingue.

Il convient de noter que nous sommes le seul endroit au monde où l’on refuse le bilinguisme aux municipalités à moins qu’une majorité de leur population n’appartienne à la communauté minoritaire. En revanche, en Finlande, si cinq pour cent de la population d’une municipalité appartiennent à la minorité suédoise, le bilinguisme est requis.

Maintenant, la situation s’aggrave. Avec le nouveau projet de loi 14 présenté mercredi, le Parti québécois propose d’amender la Charte de la langue afin de permettre une fois de plus au gouvernement et à ses organismes de langue française de priver une municipalité ou un hôpital de son statut bilingue. Tous les dix ans, on pourrait procéder à une révision basée sur les données du recensement, après quoi une municipalité ou un hôpital pourrait perdre son statut bilingue s’il est établi que la proportion de résidants ou d’usagers de langue maternelle anglaise a glissé sous la barre de 50 %.

Il s’agit d’une proposition inacceptable qui inspire de la crainte à beaucoup de monde.

Un grand nombre, sinon la majorité, des municipalités et des établissements qui ont un statut bilingue aujourd’hui ne se qualifieraient pas aux termes des nouvelles règles.

Actuellement, dans un certain nombre de villes de l’île de Montréal et d’ailleurs, plus des deux tiers des résidants parlent l’anglais à la maison, même si moins de 50 pour cent sont de langue maternelle anglaise. Et je serais très surpris de trouver dans cette province un hôpital en mesure de confirmer qu’une majorité de ses patients ont l’anglais comme langue maternelle.

Cette proposition du Parti québécois est une véritable attaque contre la communauté anglophone dans son ensemble – et je demande au Parti libéral du Québec et à la Coalition avenir Québec de s’unir pour rejeter ce projet de loi.

 

>> En savoir plus : statutbilingue.com

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