Le plan de Montréal retarde le lien Cavendish, encore une fois
Le plan de Montréal retarde le lien Cavendish, encore une fois
par Anthony Housefather et Dida Berku
Mercredi le 30 mai 2007
La semaine dernière, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a proposé un plan de transport qui, apparemment, pourra stimuler le développement économique et social sur l’île de Montréal. Le plan comprend 21 projets, dont l’implantation d’un tramway sur l’avenue du Parc, le prolongement du métro vers l’est et la création de 400 km de pistes cyclables.
Bien que certains de ces projets sont fort louables, nous avons été ébranlés d’apprendre que le prolongement du boulevard Cavendish, attendu depuis longtemps, est à nouveau retardé d’au moins dix ans. Après 25 ans d’études, six ans de promesses de la part de l’administration de Montréal, et plus de deux ans d’études par un groupe de travail, la Ville de Montréal a brisé ses promesses et modifié son échéancier pour la construction du corridor Cavendish devant relier Saint-Laurent à Côte Saint-Luc d’ici 2012.
Lien routier longuement retardé
Un lien nord-sud par le boulevard Cavendish est l’élément manquant sur le réseau routier de l’île de Montréal. Les premières discussions en vue de relier les deux tronçons du boulevard Cavendish remontent au milieu des années 1960, et des études ont été faites en 1981, en 1988, en 1992, en 1995, en 1996 et en 2000. En décembre 2004, Montréal a affecté 5 millions de $ pour mettre sur pied un groupe de travail appelé le Bureau de projet Cavendish, pour préparer des études de faisabilité et faire des recommandations sur les meilleurs trajets. Le Bureau de projet avait aussi reçu un échéancier serré pour présenter les options, tenir des séances de consultation publiques, et commencer la construction en 2007.
En 2006, Côte Saint-Luc a voulu rendre publiques les options de trajets à l’étude par le Bureau de projet. Montréal nous a alors demandé de retarder la divulgation de ces trajets parce que nous étions partenaires et que les options devaient être présentées en même temps à toutes les parties concernées. Par déférence, nous avons accepté. Nous avons attendu que le comité exécutif de la Ville de Montréal étudie le projet, qu’elle consulte ses partenaires et rende publique la meilleure option de trajet. Mais l’annonce n’est jamais venue.
L’absence de consultation
La semaine dernière, nous avons compris pourquoi. Sans aucun respect pour ses soi-disant partenaires, sans les consulter, Montréal a mis en veilleuse le lien Cavendish-Cavendish pour plus de dix ans. Ce faisant, Montréal ne respecte pas son propre échéancier et continue de repousser la présentation des recommandations du Bureau de projet – un retard qui l’obligera à commander ultérieurement de nouvelles études.
Étant donné les difficultés de fonctionnement de l’agglomération de Montréal jusqu’à maintenant, il n’est pas étonnant que le maire Tremblay ait annoncé le plan de transport sans consultation préalable auprès des autres cités et villes de l’île de Montréal – dont les contribuables auront à payer pour bon nombre de ces projets. Si jamais le gouvernement du Québec avait encore besoin de preuves du manque flagrant de consultation et de démocratie au sein de la structure qu’il a créée, en voici un exemple parfait.
Les priorités changeantes de Montréal
En 2005, l’administration Tremblay a adopté un plan d’urbanisme qui identifiait le développement du secteur Décarie/Cavendish/Jean-Talon Ouest comme une priorité et une zone de planification pour l’île de Montréal. Son plan d’urbanisme de 2005 énonce que « [l]’infrastructure ferroviaire, le corridor autoroutier très congestionné limitent son potentiel de croissance. La Cité scientifique, le parc industriel de Ville Mont-Royal le long de Royamount, le site de l’Hippodrome et le secteur résidentiel et commercial de Côte Saint-Luc bénéficieraient de l’ouverture du corridor du boulevard Cavendish ».
En 2005, Montréal a admis l’importance vitale du lien Cavendish-Cavendish. Mais aujourd’hui, en 2007, Montréal choisit plutôt de le retarder. Au lieu de prioriser le lien au coût d’environ 140 millions de $, l’administration Tremblay favorise maintenant un projet de dix ans et de 985 millions de $ pour installer des tramways dans le Vieux Montréal, sur l’avenue du Parc et sur le chemin de la Côte-des-Neiges. Le coût du réseau de tramways grimpe à 1,4 milliard de $ si on considère les dépenses annuelles d’exploitation sur dix ans.
Le financement et les bénéfices économiques
Côte Saint-Luc a proposé des moyens créatifs pour financer le projet de raccordement du boulevard Cavendish de 140 millions de $, notamment en suspendant l’allégement fiscal généreux consenti aux chemins de fer Canadien National et Canadien Pacifique en 1992 par le gouvernement du Québec. En tant que propriétaires fonciers principaux du secteur, CN et CP devraient payer leur juste part en taxes comme toute autre entreprise – d’autant plus que les chemins de fer réalisent maintenant des bénéfices records.
Les retombées économiques qui seraient générées le long du corridor du boulevard Cavendish aideraient également à financer le projet. Par exemple, les propriétaires et les promoteurs du Mail Cavendish attendent depuis des années ce prolongement routier, qui pourrait entraîner des dizaines de milliers de dollars d’investissement en redéveloppement commercial et résidentiel.
L’environnement
Le plan de transport reconnaît la valeur associée au développement d’un corridor de transport le long de Cavendish, avec de l’espace pour une piste cyclable, des autobus de transport en commun, des voies pour les piétons et les voitures. Cela dit, si Montréal est véritablement motivée par la nécessité d’inverser les changements climatiques, elle agirait le plus tôt possible pour réduire la circulation des voitures et les moteurs qui tournent au ralenti sur le boulevard Décarie, entre Van Horne/Fleet et Côte de Liesse, et offrirait aux automobilistes une solution de rechange intéressante.
Les prochaines étapes
Montréal tiendra des audiences publiques avant l’approbation finale du plan de transport, en novembre 2007. Nous ne voulons pas attendre. Nous demandons que l’échéancier du projet Cavendish soit rétabli comme il était dans le plan original de 2004.
Nous serons prêts pour les audiences publiques, pour faire entendre nos voix et pour insister afin que Montréal tienne ses promesses et réalise – une fois pour toutes – le prolongement du boulevard Cavendish.
Anthony Housefather est maire de Côte Saint-Luc. Dida Berku est conseillère municipale à Côte Saint-Luc.